On dit souvent que le monde s’offre aux innocents et aux audacieux. Vrai ? je ne le sais pas. Mais toujours est-il que samedi,
il m’avait été donné rendez-vous dans le coin de Bastille vers 19h.
Le coin est idéal pour prendre un verre en profitant de la douceur de la chaleur le tout dans une des rues les plus animées de la ville.
Oui mais voilà, c’était sans compter sur l’innocence de mon cas. Il se trouve que ce samedi était le jour d’animation par excellence pour ce quartier. La marche des libertés venait s’échouer calmement telle l’écume sur un rocher d’un littoral trop abrupte.
La place inondée de badauds, chemineaux, danseurs, manifestants, marcheurs, et photographes (journalistes ?). C’était drôle de
pouvoir observer le comportement de cette masse de gens. Je ne pouvais m’empêcher de penser à un ancien cours de chimie que j’avais eu en première ou seconde. Le professeur nous demandait où se
situait la différence entre l’eau liquide et solide. La réponse : dans la vitesse d’agitation des molécules. Pourquoi y ai-je pensé ? L’étalement de la foule
sur la place me faisait penser à une flaque d’eau. Tout y était identique ! Chaque manifestant jouait le rôle de molécule. Toutes les molécules étaient libres de partir où elles le
voulaient, mais pourtant non elles ne bougeaient pas car c’est au milieu de ses consœurs qu’elles se sentent le mieux (les chimistes les plus fins l’expliquent avec des liaisons hydrogènes).
Ici c’était pareil ! Pourquoi les individus s’entassaient t ils donc sur cette si petite place, alors qu’ils pouvaient à loisir déborder dans les autres rues et se répandre
doucement ?
En tentant de retrouver la dite personne, j’ai pu voir l’insolite comme jamais. J’ai aussi tourné la tête à un moment crucial pour un militant s’inspirant de la non moins célèbre du Jeune étudiant chinois qui stoppa un char répressif à Pékin en 1989. J’ai trouvé la situation grotesque et burlesque à la fois. Surtout que je suis repassé après lorsque les derniers fêtards ont abandonnés les lieux, et je peux affirmer que les plus courageux étaient les hommes dans les « chars ». La place ressemblait après le passage des manifestants à un champ de désolations en plein Pandémonium. Verre pillé, bouteilles en verres cassées et volant parfois dans les cieux nocturnes (oui c’est là le sens de l’humour des tous tout derniers), papiers glissants tapissant toute la place…
Allez je ne résiste pas au plaisir de mettre le fameux cliché.
Souvent, le soir près mon boulot, je fais le trajet avec des amis. Pour parler simplement : on forme la sacré bande de cons par
excellence. Vous savez ceux là même qui rigolent de tout du plus abject au plus anodin : un train en retard, un mec qui se jette sous les roues d’un train et dont les membres une fois projetés
blesssent un passant, de l’agent de la RATP qui s’est endormi à son guichet et qui a mis un délicat réveil à ses cotés pour ne pas faire d’heure sup, d'une bombe qui n'explosera jamais dans les
trains de banlieu… bref tout ce à quoi la palpitante vie sociale contemporaine d’un métro-boulot-dodo-iste est confrontée. Des gus comme ça, ça se remarque…
Un soir dans un bar pas loin de chez moi, un ami de lycée et moi, devisions passionnément de la noirceur de nos travails respectifs. Soudainement une femme sortie de nulle part, s’assit à coté de
nous et sans crier gare, lache : « on se connaît ! T’a’pris l’train bondé d’18h30 pendant le jour de gref ! autant j’dor’l’humour, chui très fan, mais là avec ton copain
s’en’ététait trop ! Ou alors pas le m’ment ! Mais j’ai beaucoup aimé ton cynique et la désinvolture du ton ».
Dommage qu'elle fut complètement saoule… sinon son compliment m’aurait beaucoup touché ! Toujours est-il que l’ivresse nous a permis de voir combien elle dansait bien (même seule et ivre
dans un bar avec une musique en sourdine), et l’œil du photographe (tout au moins de celui qui voudrait être photographe) était attiré par la forme étrange de son corps et la manière de le
déhancher, tout autant que par ses cheveux noirs bouclés et longs, et sa peau cuivrée.
Après avoir bavardé une petite heure, elle nous lâche enfin son prénom : Sophia ! j’ai trouvé fort incongru de retrouver la fille qui nous jouxtait dans le train, et aussi qu’une fille s’appelant sagesse puisse avoir un comportement ne l’étant pas.
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